Le congé de fin de carrière ne figure pas dans le Code du travail sous cette appellation. Il s’agit d’un dispositif négocié au sein de chaque entreprise, généralement adossé à un accord collectif, qui permet à un salarié de cesser son activité professionnelle avant la date effective de liquidation de sa retraite. Comprendre son fonctionnement suppose de distinguer ce mécanisme conventionnel des dispositifs légaux de fin de carrière.
Congé de fin de carrière et Code du travail : une distinction à poser
Beaucoup de salariés recherchent le congé de fin de carrière selon le code du travail en pensant trouver un article de loi dédié. Le Code du travail organise le départ à la retraite, la mise à la retraite par l’employeur, la retraite progressive ou encore le compte épargne-temps (CET). Aucun de ces textes ne crée un « congé de fin de carrière » à proprement parler.
Ce congé est un dispositif conventionnel propre à chaque entreprise. Il naît d’un accord collectif, d’un accord de branche ou parfois d’une décision unilatérale de l’employeur. Son existence, ses conditions et sa durée varient d’une structure à l’autre.
La confusion vient du fait que ce congé mobilise souvent des outils prévus par la loi, comme le CET. Le salarié accumule des jours sur son compte épargne-temps, puis les utilise pour financer une période d’inactivité avant la retraite. Le cadre légal fournit le véhicule (le CET), mais c’est l’accord d’entreprise qui définit les règles du voyage.

Compte épargne-temps et financement du congé de fin de carrière
Le CET constitue le principal levier de financement de ce type de congé. Le salarié y affecte des jours de repos non pris (congés payés au-delà du minimum légal, RTT, repos compensateurs) et parfois des éléments de rémunération.
Au moment d’entrer dans le congé de fin de carrière, ces jours épargnés sont convertis en temps d’absence rémunéré. Selon les accords, l’employeur peut abonder le CET du salarié, c’est-à-dire ajouter des jours ou un complément financier au-delà de l’épargne constituée par le salarié lui-même. Cet abondement représente souvent l’avantage central du dispositif.
La portée concrète du congé dépend directement de deux variables : le volume de jours épargnés et le niveau d’abondement prévu par l’accord. Un salarié disposant d’un CET bien garni et d’un abondement généreux peut quitter son poste parfois plus d’un an avant sa retraite, tout en conservant une rémunération.
Rémunération pendant le congé
Les accords prévoient généralement le maintien d’une fraction du salaire. Dans certaines entreprises, cette fraction atteint environ 70 % de la rémunération annuelle brute, versée en mensualités régulières. D’autres accords prévoient un maintien intégral ou un taux différent.
Pendant cette période, plusieurs éléments peuvent être préservés :
- La couverture mutuelle et le régime de prévoyance, sur la base de la rémunération versée pendant le congé
- La possibilité de cotiser à l’assurance vieillesse du régime général sur une base temps plein, avec prise en charge des cotisations patronales par l’employeur
- Le maintien des droits à la retraite complémentaire (cotisations AGIRC-ARRCO)
- L’épargne salariale, selon les termes de l’accord
Ce maintien des cotisations retraite est un point à vérifier en priorité. Un congé sans cotisation patronale maintenue peut réduire la pension future du salarié, ce qui annulerait en partie le bénéfice du dispositif.
Accord collectif : pourquoi le texte applicable change tout
Chaque accord fixe ses propres critères d’éligibilité. Parmi les conditions fréquentes : un âge minimum (souvent autour de 55 ans), un statut en CDI, une ancienneté dans l’entreprise, et la proximité avec la date de liquidation de la retraite à taux plein (parfois fixée à trois ans avant cette date).
La procédure de demande passe généralement par un courrier adressé au manager ou au service RH, accompagné d’un relevé de carrière complet. Un comité de sélection peut ensuite examiner le dossier, avec un délai de réponse qui varie selon les entreprises.
Le piège de l’échéance de l’accord
Un accord collectif peut arriver à échéance sans être reconduit. L’exemple d’AG2R illustre ce risque : le dispositif de congé de fin de carrière devait être renégocié, et la direction avait refusé de prolonger l’accord existant. Les salariés qui n’étaient pas encore entrés dans le dispositif risquaient de perdre les conditions négociées.
Un point protège toutefois les salariés déjà engagés : l’employeur s’engage en principe à appliquer les dispositions de l’accord en vigueur au moment de l’entrée du salarié dans le congé, même si les règles évoluent ensuite. Vérifier cette clause de maintien des droits acquis dans le texte de l’accord est une précaution à ne pas négliger.
Retraite progressive : le dispositif légal à ne pas confondre
Le Code du travail prévoit un mécanisme légal distinct : la retraite progressive. Ce dispositif permet, sous conditions d’âge et de durée de cotisation, de réduire son temps de travail tout en percevant une fraction de sa pension de retraite.
La différence est structurelle. Le congé de fin de carrière suspend totalement l’activité, tandis que la retraite progressive maintient une activité à temps partiel. Le salarié en retraite progressive continue de cotiser, ce qui améliore ses droits définitifs au moment de la liquidation complète.
Les deux dispositifs ne sont pas interchangeables. Un salarié dont l’entreprise ne propose pas de congé de fin de carrière peut se tourner vers la retraite progressive, qui relève du droit commun et ne dépend pas d’un accord d’entreprise.
- Le congé de fin de carrière repose sur un accord collectif et suspend totalement l’activité
- La retraite progressive est un droit légal qui réduit l’activité sans la supprimer
- Le cumul des deux n’est généralement pas prévu par les accords d’entreprise

Avant d’envisager un congé de fin de carrière, la première démarche reste de demander au service RH si un tel dispositif existe dans l’entreprise et de consulter l’accord collectif qui le régit. Sans accord en vigueur, aucun droit à ce congé n’existe, quelle que soit l’ancienneté ou la proximité avec la retraite.



